LES JAPONAIS SONT-ILS HEUREUX ?

En tout cas, je vais essayer de dépeindre un peu de ce qui se passe ici au Japon, en me basant sur ce que j’ai pu voir de part les rencontres, ou les documentaires vus à la télévision. Je me suis dis qu’il fallait quand même parler un peu de la satisfaction générale de la vie au Japon. Je vais être encore un peu négative mais je dois bien avouer que les japonais ne sont pas très heureux. En tout cas, tous ceux que je croise dans le métro n’ont jamais le sourire. Il y a beaucoup de facteurs qui peuvent expliquer cela.

Premièrement : trop de travail tue le travail. Les japonais, surtout ceux qui sont dans les bureaux, font beaucoup d’heures de travail pour finalement ne pas être si productifs que ça. De ce que j’ai compris ; ici tout le monde baisse la tête devant sa hiérarchie, personne ne prend d’initiatives, de peur de se faire engueuler par le patron d’avoir voulu prendre les devants. A priori, c’est une mentalité qui dure depuis des décennies mais personne ne fait bouger les choses pour qu’il y ait du changement. Et quand les collègues sortent boire un verre ensemble après le boulot, et bien, ils parlent encore boulot. A croire qu’il n’y a que ça dans la vie ; le travail.

Deuxièmement : les finances. Comme je le disais, le Japon est un pays cher, mais comme partout, le coût de la vie va de paire avec le salaire. Et il se trouve que les japonais disent souvent qu’ils n’ont pas de sou mais ils vont s’acheter des sacs de luxe ou des grosses voitures. Chez nous, ce sont les institutions et banques qui détiennent la dette ; ici, ce sont les particuliers eux mêmes qui la tiennent. Je ne m’étonne plus quand je vois pleins de japonais avec des paniers remplis de produits en tout genre, au pokémon center à la fin du mois (et non, je n’y vais pas tout le temps, j’y suis allée 2 fois, et je n’ai acheté qu’une petite peluche, il y a plus d’un mois). On pense d’ailleurs aussi que c’est à cause de cela que plus personne ne veut se marier ou qu’il y a de gros problèmes dans les couples. Les salaires sont à priori bloqués depuis plus de 20 ans à en croire les expats qui sont là depuis longtemps.

Troisièmement : pas ou peu de relations entre l’un et l’autre. La technologie ayant fait beaucoup de mal sur ce plan-là, il faut dire ce qui est hein… Les gens ne se rencontrent très peu, voire pas du tout. C’est finalement assez difficile de ce que j’arrive à constater, d’essayer d’avoir une vraie relation amicale avec quelqu’un. Cela me rappelle également une série de photo que j’ai vu, qui fait bien le distinguo de comment est la société japonaise. Les japonais ont beaucoup du mal à vraiment s’ouvrir aux autres, ils se cachent derrière beaucoup de masques et généralement, on est déjà stigmatisé dès son plus jeune âge. Je sais que ça se passe comme ça dans la plupart des pays mais c’est flagrant chez ce peuple. Ils ne sont pas si ouverts que ça et je crois que c’est cela qui pose quelques problèmes.

Quatrièmement : le contexte familial, et je pense plus aux enfants en écrivant ces mots. Dans beaucoup de familles malheureusement, l’affection envers son enfant s’arrête après ses 6-7 ans ; soit l’âge où l’on entre à l’école. Alors ça, par contre, c’est un vrai mystère mais il semblerait que ce soit lié à la pression scolaire qui débute par la suite. Les parents veulent bien sûr le meilleur pour leur enfant, quitte à les pousser pour certains, au suicide. Le système éducatif japonais est fait de telle sorte que l’on est constamment en concurrence, l’un contre l’autre et c’est un mal qui pourrit l’enfance entière. Toujours être meilleur, de peur de se faire rejeter, à la fois par ses amis, ses parents et par la société. Mis à part ce constat flagrant, il y a également le fait que les parents travaillent beaucoup pour pouvoir vivre à peu près correctement, ce qui fait que beaucoup d’enfants se retrouvent seuls à la maison le soir, ou alors qui traînent dans les rues, seuls, à des heures pas très correctes (soit après 21h-22h).

Je dirais que le système sociétal japonais est fait pour qu’il n’y ait pas beaucoup de place pour l’imprévu, l’aléa. Dans le documentaire que j’ai pris en cours de route ce soir à la télévision japonaise, de ce que j’ai compris, ils parlaient justement du coeur des enfants/jeunes ; soit de l’intégrité psychologique de l’enfant. Il y a une clinique à Hiroshima qui s’occupe de ces jeunes qui font face à une crise identitaire, qui se sont renfermés sur eux mêmes (de ce que j’ai compris, vu que j’ai pris en cours de route). Je trouve que c’est assez malheureux pour un pays qui a tant de belles choses à offrir, que son peuple souffre (pour la plupart, pas tous hein).

Je crois que c’est ce qui m’a le plus choqué au tout début, de voir que les gens ne souriaient jamais mais j’ai compris par la suite avec la pression qu’ils subissent dans pas mal de domaines de leur vie, ce n’est pas leur priorité de sourire. Finalement, comme ça, ils montrent une faiblesse, ce qui fait d’eux qu’ils sont humains, d’une certaine manière.

Clairement, je le croyais au début mais je ne pense pas que je vivrais toute ma vie au Japon ; quelques années oui mais pas forcément finir mes jours au Japon tant le système est assez lourd finalement.